CLOS DE LA BOUDRIOTTE – FAMILLE RAMONET

UN VIN
UNE HISTOIRE

Tout le monde, en France ou à l’étranger, parle des vins de la Côte-d’Or ; chacun en connaît les noms les plus populaires ; c’est à la fois la gloire et la richesse de notre département et du pays entier.

On pourrait croire ces lignes rédigées par un auteur contemporain. On aurait tout faux. On les doit à M.J. Lavalle, docteur en médecine et docteur ès Sciences Naturelles. Elles datent de 1855 ! (1)

AU DIX-NEUVIEME SIECLE

La vigne bourguignonne est très ancienne, je ne reviendrai pas sur cette vérité millénaire.  Le vignoble doit sa notoriété aux grands crus rouges de la Côte de Nuits qui s’étendent de Dijon à Nuits-Saint-Georges. Suivent les communes de la Côte de Beaune, cette commune en tête, réputée fière d’être franchement bicolore, se poursuit par les rouges de Pommard et Volnay, aboutit aux « grandes blanches » de Meursault, Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet.

Ces deux dernières sont mondialement connues pour engendrer l’un des meilleurs blancs du monde, le Montrachet. Le Dr. Lavalle (1) ne mâche pas ses mots, ne retient pas son enthousiasme, le considérant comme « une de ces rares merveilles dont il n’est permis qu’à un bien petit nombre d’élus d’apprécier la perfection. »

Restons dans ce siècle pour découvrir, surprise après surprise, les informations qui nous sont données par Lavalle sur les deux communes qui se partagent le Montrachet. De Puligny, il nous signale à notre plus grand étonnement que « la plus grande partie de cette commune est consacrée à la culture du gamet » et précise qu’en blanc, en Tête de Cuvée Extra, le Montrachet s’étend sur 3 hect. 95 ares et 30 cent.

Pour Chassagne, nouvelle surprise, Laval nous apprend que le cépage le plus abondant est « la variété de pinot connue sous le nom de pinot gris, burot ou beurot », que le Montrachet « Hors Ligne » court sur « 13 hect. 53 ares 89 cent .»  Enfin pour en finir avec l’étonnant encépagement de cette époque, « en dehors de climats produisant les vins blancs…on cultive le pinot noir dans les bons climats et les variétés de gamets dans les sols ordinaires. »

INDISPENSABLES PRECISIONS LINGUISTIQUES

La Bourgogne se montre prodigue dans son langage. Il m’a fallu du temps pour apprivoiser ces subtilités que les vignerons eux-mêmes utilisent en ignorant leurs origines. J’ai compris les nuances que le langage a tellement assimilé et intégré qu’ils se confondent l’un l’autre. Grâce au Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) (2), on apprend que le climat, mot exclusivement bourguignon, est « une parcelle de terre comprenant un cépage, un sol, une exposition .» De plus le vocabulaire s’est enrichi pour ne pas écrire approprié du nom du lieu-dit. Rien n’est cependant forgé dans l’acier ; car on peut trouver des exceptions, comme plusieurs lieux-dits à l’intérieur d’un climat ou avoir un climat ne reprenant qu’une partie du lieu-dit.

Autrement exprimé, c’est kif-kif la même chose, sauf si apparaît une différence !

Un exemple pour se perdre avec allégresse dans les mystères bourguignons. Prenons le climat Morgeot de Chassagne-Montrachet, Premier cru bicolore de plus de soixante hectares. Il se divise en sept parcelles aux noms différents dont Morgeot et La Boudriotte (3). Cette dernière enferme un Clos relativement exigu, planté en pinot noir, le Clos de la Boudriotte. Assurément un des meilleurs rouges de la Côte de Beaune !

LA FAMILLE RAMONET

Trois familles Ramonet sont, dans les années 1930, les propriétaires de vignes sur Chassagne. Pierre Ramonet que les anciens amateurs surnomment le grand-père de la lignée, sa soeur Marguerite Bachelet-Ramonet et son frère René Ramonet.

Les premiers Ramonet: Pierre et son fils André

Une visite va changer le cours de leur vie, alors qu’ils exportent avant la deuxième guerre mondiale, une toute petite partie de leur production Etats-Unis. A Beaune, une dégustation réunit un jour, dans les années 1950, trois éminentes personnalités du monde viticole. En présence, Raymond Baudouin, président de la revue du Vin de France (Rvf), Alexis Lichine, fameux propriétaire du Château Lascombes, Deuxième Cru Classé à Margaux et, simultanément, négociant qui s’attache à faire connaître les vins français à ses compatriotes et un autre négociant américain qui répond au nom de Frank Schumaker. Peu importe que la dégustation eut lieu à l’aveugle ou pas, le trio tomba littéralement amoureux des Bourgognes de Pierre Ramonet, ses blancs comme ses rouges parmi lesquels le Clos de la Boudriotte. Cerise sur le gâteau, ces vins étaient mis en bouteilles dans le chai de Pierre Ramonet, ce qui n’était pas dans les traditions de l’époque, condition essentielle aux yeux de l’intransigeant Alexis Lichine. Il ne fallut pas attendre des décennies pour que les vins Ramonet devinrent à la mode aux Etats-Unis. Et, me raconte aujourd’hui Noël Ramonet, le petit fils de Pierre, les dollars lui permirent d’agrandir son vignoble. Il eut même la chance et la possibilité d’acquérir en 1978 une parcelle de Montrachet. On le traita de fou, on raconta stupidement qu’il avait caché son argent dans son matelas et qu’il paya comptant. La jalousie ne connaît jamais ses limites. Même si les parcelles de Montrachet se négociaient à prix très fort, il ne faut pas exagérer, surtout par comparaison aux prix contemporains. Noël Ramonet sourit encore en rappelant qu’on échangeait une caisse de Montrachet contre deux cochons.

La nouvelle génération: Jean-Claude et son frère Noël

LE CLOS DE LA BOUDRIOTTE

Je manque d’originalité : dès ma première rencontre avec les Ramonet, à la fin des années septante, je suis séduit par le caractère de leurs vins et tombe, à mon tour sous le charme particulièrement intense, la sensualité, les tanins soyeux des vins rouges de ce Clos de deux hectares que se partagent trois propriétaires, M. Lacroix présent avec quelques ares, plus les familles Bachelet-Ramonet et Pierre Ramonet qui se partagent équitablement le Clos.

Les Ramonet sont nombreux à Chassagne. Pierre ajoute sur ses étiquettes le nom de son épouse, pratique assez courante dans le vignoble français. Les deux noms, Ramonet-Prudhon, figureront côte à côte jusqu’au début des années 1980. André, le fils de Pierre prendra la relève. Ensuite ce sera le tour de ses fils Jean-Claude et Noël. Le premier appose sa signature sur les vins du domaine depuis une séparation à l’amiable. Le succès de l’étiquette Ramonet ne se dément pas, la demande est nettement plus élevée que l’offre et se double de clients contingentés et frustrés. Il en va ainsi de tous les crus bourguignons qui le méritent.

Depuis une cinquantaine d’années le cépage chardonnay a envahi le monde lui qui est planté en Afrique du Sud comme au Chili, en Californie comme en Australie, Chez les  Ramonet on n’est pas prêt de sacrifier le pinot noir du Clos de la Boudriotte en échange des vignes de chardonnay de la Boudriotte. Pour de nombreux œnophiles éclairés, le Clos de la Boudriotte figure en « tête de gondole » des Premiers Crus rouges de la commune.

Jo GRYN

Mes remerciements sincères et amicaux à Noël Ramonet qui s’est comporté comme un véritable historien de sa famille.

L’auteur en compagnie de Noël, tel qu’on le connaît

J’annonce en primeur qu’à son tour il va sortir une gamme de Chassagne à son nom dès le millésime 2023. Il ne prend pas encore, hélas, de réservations.

  1. Histoire et Statistique de la Vigne et des Grands Vins de la Côte-d’Or. M.J. Lavalle (1855)
  2. Documents du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB)
  3. Le Vignoble bourguignon. Ses lieux-dits. Marie Hélène Landrieu-Lussigny. (Ed. Jeanne Laffitte – 1983)
  4. Climats et Lieux-dits des Grands Vignobles de Bourgogne. Atlas et Histoire des Noms de lieux. Marie-Hélène Landrieu-Lussigny et Sylvain Pitiot. (Ed. Jean-Pierre de Monza – 2012)

2 réflexions sur « CLOS DE LA BOUDRIOTTE – FAMILLE RAMONET »

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