Histoires de cendriers

Survol d’une espèce qui a disparu des tables de restaurants.

Introduction

Comment définir actuellement les cendriers de restaurant ? A coup sûr d’objets (jadis) fonctionnels. Les rattacher à l’art populaire serait excessif. D’autant plus que mon dictionnaire ne donne aucun définition précise de ces deux mots accolés pour des objets du quotidien. Acceptons, pour l’origine, qu’ils viennent du peuple, qu’ils ont une origine artisanale.

Que sont-ils ?

Ces récipients accueillaient obligatoirement des mégots, leurs cendres, des allumettes échaudées, des noyaux d’olive, des chewing gum inopportuns, des boulettes de papier d’une évidente inutilité. 

Paul Bocuse et Joël Robuchon en toute simplicité

Ont-ils eu une vocation publicitaire, doublée d’une image de marketing ? Les avis divergent. A quoi servent les indications commerciales, avec leur adresse et leur numéro de téléphone, si ce n’est ou n’était qu’une invitation indirecte aux clients pour les emporter.

J’ai connu un journaliste collectionneur d’assiettes de restaurants. Il les « empruntait » avec discrétion et savoir-faire. Il était parvenu à réussir son coup lors d’un déjeuner professionnel avec des cadres de la gendarmerie. Il termina le repas par des remerciements puis avoua sa marotte en sortant de sa chemise l’assiette astucieusement cachée. Il put l’emporter. L’assiette comme souvenir ne laisse aucun doute, au même titre que le cendrier. Le restaurant Troisgros à Roanne proposait en sa boutique ses assiettes, verres et cendriers. Ces achats, rappels de bons moments, trouvaient rarement une utilité pratique.

Formes et Figures

Ces cendriers se présentent sous tous les aspects. Le plus souvent rectangulaires, aux dimensions qu’on pourrait croire standard. Dix ou douze centimètres de base, avec de rares exemples où la longueur est verticale.

Très souvent circulaires avec des diamètres de douze à quinze de centimètres, ce qui n’exclut ni les exceptions de forme ni celles des décorations, excentriques plutôt rares.

Le plus grand : 16 cm de diamètre

La forme de losange est très rare. En voici une intéressante illustration.

Grand restaurant de l’époque. Existe à présent en tant que bonne brasserie à Ixelles, commune de la région bruxelloise.

 Les restaurants des bords de mers ou de rivières apprécient d’y faire figurer ici un poisson, ici un coquillage.

En revanche, du côté des mammifères, on voit parfois le nom du restaurant. De même, la gent ailée n’a oublié ni le canard ni la cigogne.

La bécasse aurait mérité davantage de considération à l’époque où elle n’était pas interdite

Avec un nom de restaurant en français pour l’un et un en flamand pour l’autre

Certains chefs choisissent la carte de la sobriété. Le nom du restaurant figure au recto, des renseignements utilitaires sont remisés au verso.

La gouttière ou rigole, cet espace concave où on repose la cigarette, se veut toujours présente alors qu’on peut penser que ce n’était pas toujours sa fonction, Il n’empêche qu’on a dû les utiliser comme cendriers. Pour ce qui est des couleurs, le blanc domine largement.

.Les objets des Arts Populaires ont leurs collectionneurs. Le musée des Beaux-Arts à Tours a la spécificité des rassembler les créations des Compagnons du Tour de France. Ce sont des chefs-d’œuvre, au sens ancien du terme, réalisés par des candidats au titre de Compagnons dans des domaines fondamentalement différents, outils de travail personnels et uniques, reproduits avec des nuances et en série par les fabricants.

Certains chefs ont cherché une touche d’originalité, se sont tournés vers des faïenceries réputées.

D’autres ont fui la monotonie, tel La Paix de Paris qui a joué sur des détails.

Soulignons l’originalité de La Coupole. Cette brasserie parisienne fut ouverte en 1927 et connut un succès qui ne s’est jamais démenti. Elle fut fréquentée par des artistes, peintres, écrivains de renom qui confortèrent sa célébrité.

La coupelle montre deux personnages de dos, un homme qu’on devine chasseur, une femme nue (une audace à une époque au téléphone à huit chiffres) tendant une main à un homme qui s’aide d’une canne. La Belle Époque pour certains.

En toute discrétion, avec élégance et raffinement

La lettre S pour Roger Souvereyns, un seigneur de la gastronomie belge dans le dernier quart du siècle précédent au Scholteshof. Une signature pour l’Apicius parisien.

Pour terminer sur une bonne bouteille, le cendrier Feuille de Vigne du restaurant La Bourgogne

Pas le moindre doute, le téléphone aux 3 lettres situe cet établissement à Paris
Jo GRYN

Collection PDM. Photos Neele Wajnsztok

PS : Pour qu’on ne m’adresse pas le reproche de ne pas l’avoir écrit, sachez que les collectionneurs de cendriers se nomment des téphraphilistes.

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